Un guide pour les dissidants de la reconstruction de mots en Sindarin

Les abréviations utilisées:

PQ: Quendian Primitif
CE: Eldarin Commun
S: Sindarin
N: Noldorin
Q: Quenya

Pourquoi cet article est-il appelé 'un guide pour les dissidants'? Disons que ça vient de mon sentiment que de reconstruire une expression n'est jamais la meilleure chose à faire. Pourquoi cela? Parce que pour reconstruire des mots, nous empruntons d'abord le chemin plutôt clair de ce qu'est attesté pour partoir dans les spéculations. La ligne de division entre ce qui est raisonnable et ce qui ne l'est pas devient très vite ténébreuse. Voyons un exemple simple, le verbe 'être' en Sindarin. Dans LR: 374, nous trouvons l'entrée

NA - cf. ANA - est. Le radical du verbe être en Q.

Tolkien aurait facilement pu écrire radical du verbe 'être ' en omettant la partie en Quenya, mais nous constatons qu'il ne l'a pas fait. Il est donc possible qu'il voulait explicitement remarquer qu'il s'agit du radical du verbe 'être' en Quenya, mais pas en Sindarin. Ceci n'est pas exagéré, dans LR: 348, à l'exemple de l'entrée AM-, nous trouvons un exemple explicite d'un radical qui n'est pas pertinent pour le Sindarin. Ainsi, si nous partons sur la base d'un verbe en Quenya et construisons son équivalent en Sindarin, nous n'avons aucune certitude de faire quelque chose que Tolkien aurait fait lui-même.

Pour l'exprimer sans ménagement, la reconstruction des mots et l'utilisation des mots reconstruits signifie que nous laissons le Sindarin à part en écrivant en NEO-Sindarin. Certains argumentent avec certitude que Tolkien aurait construit un mot d'une façon ou d'une autre s'il en avait eu besoin, mais la vérité reste que la reconstruction d'un mot n'est nullement une procédure unique, nous ne savons tout simplement pas s'il en aurait accepté l'issue. De l'autre côté nous avons aussi le problème pratique qu'un texte doit être compris par les lecteurs. Si le lecteur n'est pas capable de déchiffrer ce qu'un texte veut dire par sa propre connaissance des langues elfiques, mais qu'il a besoin d'explications interminables concernant les reconstructions dont le texte est composé, clui-ci contient probablement trop de ces éléments.

Pourquoi alors prends-je la peine d'écrire ce guide? Même si la reconstruction de mots est une chose douteuse, il y a des situations où l'on reconnaît que l'alternative est encore pire, et celui qui se trouve dans une telle situation devrait du moins être capable de faire une reconstruction convenable. En général, j'essaie de reformuler des phrases de façon à ne pas avoir besoin de mots reconstruits. Mais occasionnellement, une traduction d'un poème de 100 lignes dépend d'un seul mot manquant et n'importe quelle paraphrase semble extrêmement maladroite - dans une telle situation, une reconstruction bien faite est clairement préférable.

1. Schéma général

Dans la discussion suivante sur la reconstruction de mots, nous ne nous référons pas à la possibilité plutôt évidente de mots composés en Sindarin ou encore ceux formés à partir d'affixes. Par exemple, pour le mot 'revoir', l'on devrait de préférence utiliser le préfixe ad- (re-, encore) combiné avec le verbe cen- (voir) pour former *achen (revoir), dans ce cas je ne vois aucune nécéssité de supposer que l'on doive s'occuper des racines en CE des deux éléments pour former ce mot.

Le but que nous allons poursuivre est de trouver une possibilité d'ajouter des mots au vocabulaire qui (dans l'histoire interne) ne refléteraient pas des compositions modernes, mais effectivement des mots qui s'intègrent dans le reste du corpus. Pour donner un exemple, Quenya connaît un mot pour se coucher, le verbe Q: caita-, en Sindarin nous n'en connaissons pas. Cependant, utilisant des règles connues de changements phonétiques (leur discussion est le but principal de cet article), nous pouvons construire le verbe S: caeda - qui n'est évidemment pas un mot composé.

Afin de faire ce type de reconstruction de mots, nous devons comprendre le développement des langues elfiques à travers le temps, pas seulement leur statut 'final'. Les reconstructions en Sindarin suivent typiquement trois phases.

a) En partant d'une racine en CE, les éléments de mots dérivés sont utilisés pour former des verbes, les adjectifs et les noms à partir de ces bases nues.

b) Les mots crées en CE subissent alors des changements lors de l'étape d'évolution vers l'OS (Ancien Sindarin). Là, certains changements de voyelles et consonnes vont probablement survenir.

c) Finalement lors de l'étape de OS au Sindarin 'moderne', une seconde vague de changements sera effectuée; les voyelles finales se perdent, les mutations et l'affection en i bien connue feront leur effet.

Nous discuterons ces trois étapes en détail, non pas dans sa complexité effective toutefois, et nous verrons des exemples de mots et des reconstructions attestées par la suite.

En particulier, nous exécuterons les procédures de reconstruction pour les exemples suivants:

Exemple 1: Nous chercherons à créer un verbe qui correspond au verbe Q: caita - (se coucher) en Sindarin
Exemple 2: Nous chercherons à créer un verbe 'apprendre' en Sindarin
Exemple 3: Nous aimerions construire un mot avec la signification 'privilège'
Exemple 4: Nous cherchons un mot pour 'séduire'
Exemple 5: Nous essayerons de construire le mot 'selle'

Première partie: L'étape en CE

Dans cette partie de l'article nous examinerons la façon dont les mots en CE sont formés à partir du radical et quelles modifications celui-ci peut subir au cours de ce procédé. Le traitement au quel nous allons procéder est loin d'être une liste complète de toutes les possibilités, ce projet sert en premier lieu à démontrer les plus importants de ces développements.

1. Les radicaux et leur modification

Les radicaux primitifs, aussi appelés racines primitives sont les fondements de base pour la dérivation de mots des langues elfiques. Il ne s'agit pas de mots en soi des langues elfiques, les mots elfiques semblent être formés depuis ces radicaux (modifiés) par l'ajout facultatif d'un suffixe derivational. Tolkien lui-même appelait cette théorie de la modification de racines le sundokarme. Commençons en caractérisant les différents types de racines:

Chaque radical est constitué par une consonne de base (sundo) et une voyelle déterminante (sundóma). Selon le nombre de consonnes impliquées, nous faisons la distinction entre trois types différents de radicaux (notez que les significations données après chaque radical par la suite ne sont pas des traductions de mots; il n'est pas possible de faire cela car les radicaux ne sont en général pas des mots valides, il s'agit plutôt d'une description du sens de base du radical) :

a) radicaux monoconsonantiques, par ex. ES- (indiquer, nommer)
b) radicaux bi consonantiques, par ex. NAK (mordre)
c) radicaux tri consonantiques, par ex. GARAT (fort, forteresse)

Notez que les deux voyelles dans les radicaux tri consonantiques sont usuellement pareilles, déterminant le sundóma. En plus, nous comptons des radicaux comme KWAT (plein) comme radical bi consonantique, parce que le groupe de consonnes KW n'est pas divisé par une voyelle et représente par conséquent un seul son. La voyelle de radical peut être répétée facultativement après la dernière consonne, c'est à dire ES et ESE seraient deux façons de représenter un seul objet essentiellement pareil.

Le choix du radical détermine fondamentalement le 'sujet' de tous les mots dérivés. Cependant, un radical peut être modifié davantage pour décrire des variations du sujet. Il y a plusieurs possibilités pour faire cela:

a) En utilisant la voyelle du radical comme préfixe intensifiant:

La répétition préfixée de la voyelle du radical mène d'habitude à une version plus intense du thème fondamental du radical, donc LAK (rapide) mais ALAK (impétueux); NAR (feu) mais ANAR (soleil); THIL (briller argenté) mais ITHIL (lune), LED (aller, voyager) mais ELED (partir, quitter). Parfois, si la voyelle du radical est préfixée et post fixée, elle peut disparaître de sa position centrale, cf. RUK (craindre) avec URKU comme variante (en passant par URUKU).

b) l'infixion en A comme intensifiant la modification:

Alternativement, un A infixé peut servir comme élément intensifiant. Ce choix est probablement possible uniquement si la voyelle du radical est I ou U. Comme exemple, nous trouvons RUK (la crainte) mais RAUK (créature terrible); TUR (pouvoir) mais TAUR (vaste pouvoir).

c) la fortification à occlusion nasale

Les radicaux commençant par B, D, G ou M, N et Ñ peuvent être fortifiés en les retournant en MB, ND ou NG. Cette fortification semble correspondre à une transposition du sujet du radical sur un niveau plus abstrait, indiquant parfois aussi les conséquences du sujet du radical, voir par exemple NAK (mordre) et NDAK (tuer), BAD (juger) et MBAD (contrainte, prison), DUL (cacher, dissimuler) et NDUL (obscurité, obscur).

d) la fortification en répétant la consonne

Parfois, une consonne à l'intérieur du radical est répétée pour intensifier le sens (cette consonne peut être apportée en répétant aussi la voyelle du radical ), par exemple la BAT (marcher) et BATTA (piétinement).

e) L'extension du radical

Finalement, il y a aussi la possibilité de répéter la voyelle du radical (ceci est appelé ómataina, le résultat se termine par une consonne supplémentaire N, K, T, ou S). Cette extension du radical semble indiquer un résultat de développement encore plus abstrait du sujet fondamental, par exemple OR (élever) et OROT (hauteur, montagne), KIR (couper) et KIRIK (faucille).

2. Suffixes dérivatifs

Après avoir spécifié le sujet du mot que nous voulons construire et avoir pris la décision d'utiliser une intensification, une fortification ou une extension de ce radical, nous devons décider du type de mot. Nous pouvons faire cela en choisissant des suffixes dérivatifs convenables (ce qui donne des nuances additionnelles au sens). En PQ, nous ajoutons ces suffixes directement au radical, même si cela produit parfois des mots imprononçables. Dans la prochaine section nous discuterons les changements à appliquer pour obtenir le mot en CE.

1) Dérivatif verbal

Les verbes se présentent comme verbes radicaux (sans aucun suffixe du tout) ou alors comme verbes dérivés qui sont rencontrés plus fréquemment et par conséquent plus promettant pour la formation de nouveaux verbes. Comme suffixes dérivatifs, nous trouvons

a) -tâ:
Ce suffixe a forte tendance à dénoter des verbes causatifs et transitifs (les verbes décrivant une action sur quelque chose). Nous trouvons par exemple tultâ (faire venir, causer la venue; convoquer, aller chercher) du radical TUL (venir), maktâ (combattre, manier une arme) de MAK (épée), k'riktâ (récolter) de KIRIK (faucille) et ainsi de suite.

b) -yâ:
Les verbes dérivés utilisant ce suffixe ont une tendance modérée d'être intransitifs, c'est à dire de décrire des actions non dirigés vers un objet, comme ulyâ (pleuvoir) de UL(U) verser, le flux ou beryâ (oser) de BER (valiant).

c) -â:
Il s'agit là d'un élément dérivatif plutôt rare, qui produit des verbes du type appelé conjugaison mixte par certains auteurs. Aucune nuance de sens particulière ne semble être impliquée.

2) Dérivation d'Adjectifs

a) -je
La plupart des adjectifs de coloris sont dérivés en utilisant de cette terminaison, cf. Karani (rouge) de KARAN.

b) -kâ (-ka)
Une terminaison adjectivale non spécifique, cf. lauka (chaud) de LAW (chaud)

c) -
Cette terminaison est souvent utilisée pour former des adjectifs qui pourraient tout autant être des participes parfaits passifs, cf. skarnâ (blessé) de SKAR (déchiré)

3) Dérivation de noms

Il y a un grand nombre de suffixes derivatifs de noms, dont nous n'abordons qu'une partie ici:

a) -ê
L'on trouve ce suffixe souvent dans des noms indiquant des choses intangibles et abstraites, cf. Ngôlê (science, philosophie) de NGOL (sage). Souvent, la voyelle du radical est allongée lors de l'ajout de ce suffixe.

Une seconde signification typique attribuée à cette terminaison est la distinction de substances, cf. Kyelepê (argent) de KYELEP (argent).

b) -dô, -ô, -rô (masculin) et - dê, -ê, -rê (féminin)
Ces terminaisons sont utilisés pour dénoter une personne exécutant une action, cf. lindô (chanteur) de LIN (chanter)

c) -la
Ce suffixe indique tout simplement une chose ou une personne, cf. Makla (épée) de MAK (épée).

d) -
Ce suffixe dénote souvent des instruments ou des outils, cf. Takmâ (outil pour réparer) de TAK (réparer) ou sukmâ (récipient pour boire) de SUK (boire). Parfois, il décrit un objet juste vaguement connecté avec le radical, cf. Parmâ (livre) de PAR (composer, combiner).

e) -
Ce suffixe indique principalement des substantifs verbaux, correspondant à la terminaison anglaise '-ing', qui correspond à '-ant' en français, cf. yulmê (buvant) de YUL (boisson), souvent aussi avec une signification plus abstraite, cf. tekmê (lettre) de TEK (faire une marque).

f) -
C'est une terminaison souvent rencontrée quand il s'agit de décrire le résultat d'une action donnée par le radical, cf. khotsê (assemblée, assemblage) de KHOTH (assembler)

(Notons qu'il existe bien plus de suffixes de derivation en CE que ceux cités ci-dessus (probablement les plus courants) - une discussion plus détaillée peut être trouvée dans l'essai de Helge Fauskanger Elfique primitif (disponible qu'en anglais pour le moment))

3. Les changements sonores

Une fois que nous avons formé un mot à partir du radical et choisi le suffixe, certains sons changent dans l'ordre suivant:

Les changements de consonnes:

a) y devient i devant une consonne, par ex. kaitâ de KAY + - , le w devient u.

b) La combinaison bm est renversée en soi, cf. PQ: labmê -> CE: lambê

c) PQ: sd devient en CE: zd et PQ: ds en CE: ts

d) Le -h- intermédiaire disparaît, cf. la terminaison PQ : -hô devient CE: -ô

Les changements de voyelles:

a) les voyelles finales courtes - -a, -e et -o sont supprimées.

b) la voyelle finale courte -i est changée en -e

4. Exemples

Exemple 1: ce n'est pas difficile de décomposer Q: caita - à partir du radical KAY et du suffixe de dérivation de verbe -tâ. Le résultat est immédiatement CE: kaitâ (coucher).

Exemple 2: Le point de départ convenable pour un verbe apprendre serait le radical NGOL (sage). Puisque 'apprendre' n'est pas forcément connecté à une forme intensifiée 'extrêmement sage' ou une tournure plus abstraite, nous utilisons le radical non modifié. 'Apprendre' ne semble pas impliquer un causatif ou un sens transitif (contrairement à 'enseigner' = 'faire savoir'), nous pouvons donc écarter l'usage de la terminaison - qui nous mènerait à 'enseigner' et plutôt se contenter de la terminaison intransitive - , pour aboutir au résultat CE: *ñgolyâ (apprendre).

Exemple 3: Le radical le plus proche de 'privilège' serait probablement DAB (céder, faire de la place, autoriser, permettre). Cependant, ceci n'est pas tout à fait le sens implicite, nous faisons donc usage d'une fortification fondamentale indiquant le résultat de permettre, ce qui nous donne *NDAB (privilège). Nous allons en suite nous décider pour la terminaison nominale - ê pour dénoter quelque chose d'intangible, pour aboutir au résultat CE: *ndabê (privilège).

Exemple 4: 'séduire' doit sans aucun doute avoir un rapport avec 'causer de l'amour', ainsi notre choix de confiance sera le suffixe verbal causatif - pour construire CE: *meltâ.

Exemple 5: 'la chose ayant à faire avec le cheval' n'est probablement pas la meilleure description possible pour une selle, mais choisissons cette forme pour l'approche de l'argument (ce qui nous mènera à des développements intéressants plus tard) et choisissons -la comme suffixe, pour avoir comme résultat PQ: *rokla.

Deuxième partie: L'étape en OS

Dans le développement de CE vers OS, les voyelles et quelques groupes de consonnes subissent des changements phonologiques éminents. Nous allons par la suite essayer de démontrer les plus fréquents parmi ces changements.

1. Les changements de voyelles

Les voyelles finales courtes - a, -e et -o sont déjà supprimés dans l'étape précédente, pour celles qui ne le seraient pas, nous en discuterons lors des changements vers le Sindarin. En ce qui concerne la reconstruction de mots il n'est peut-être pas vraiment important d'en tenir compte. Cependant, un -u final court en PQ semble devenir -o.

Les voyelles courtes non-finales restent inchangées.

Les voyelles finales longues sont raccourcies en OS, cf. CE: bélekâ -> OS: beleka (puissant).

Les changements les plus radicaux concernent les voyelles non-finales longues. Nous avons

â -> ó
ê -> í
ô -> ú

et sans changement

î -> í
û -> ú
Par exemple CE: ndâkô -> OS: ndóko (guerrier, soldat) ou CE: *rômâ -> OS: rúma

Dans la conception ultérieure de Tolkien, cependant, le changement

â -> å
semble être rélévant, ce son devenant alors au ou o en Sindarin, par ex. CE: nâbâ -> OS: nåv -> nauv -> S: naw (creux).

Quelques changements de diphtongues attestés sont

ai -> ai
ay -> ae
ew -> eu -> iu
euy -> iui -> ui

Par exemple CE: beuyâ -> OS: buia

2. Changements de consonnes

Un changement éminent (et précoce) lors de l'étape OS est kw -> p (devient q dans Quenya au lieu), voir par ex. CE: *kwantâ -> OS: panta (plein). Ceci est mentionné au départ, car beaucoup des changements par la suite ont à faire avec p, t ou k et la conversion kw -> p doit être exécutée en premier.

Une bonne partie des changements possibles agissent sur les consonnes p, t et k. Ici, l'essentiel est d'exécuter les changements de la mutation occlusive, c'est à dire

kk -> kkh
pp -> pph
tt -> tth

(ces groupes de consonnes deviendront plus tard ch, ph et th en Sindarin) et de la même manière l'on éxécute les changements de la mutation liquide, c'est à dire

lk -> lkh
lp -> lph
lt -> lth

rk -> rkh
rp -> rph
rt -> rth

En plus, l'on voit un changement qui correspond à la mutation nasale:

nt -> nth

En début de mot, nous observons les s- se comporter de façon similaire (mais pas en position médiale) :

st -> sth (position initiale de mot)
sp -> sph (position initiale de mot)
sk -> skh (position initiale de mot)

(ces groupes de consonnes deviendront plus tard ch, ph et th en Sindarin)

Prenons comme exemple CE: alkwâ -> alpa -> OS: alpha (cygne)

Les changements mentionnés ci-dessus ont lieu lorsque k, p, t suivent d'autres consonnes. Toutefois, elles changent aussi lorsque k, p, t sont placés devant une consonne nasale. Dans ce cas, les sons sont amollis:

km -> gm
kn -> gn

pm -> bm
pn -> bn

tm -> dm
tn -> dn

Par exemple CE: yatmâ -> OS: yadme (pont)

Les groupes de consonnes plutôt fréquents (en Quenya) ky, ty, ry, ny et sy perdent apparemment le y lors de cette étape. Vraisemblablement, sy- en position initiale d'un mot devient h - (au plus tard il le deviendra en Sindarin lors de l'étape ultérieure, pour notre but la distinction est donc plutôt académique).

ty -> t
ky -> k
ry -> r
ny -> n
sy -> s

sy -> h (position initiale de mot)

Voyons par exemple CE: kyelepê -> OS: kelepe

Si le y ne fait pas la partie d'un tel groupe, il prend la forme i cf. CE: *skalyâ -> OS: skhalia (voiler, dissimuler). Ceci est surtout important pour la terminaison verbale -yâ.

Finalement, les diverses autres assimilations qui devraient de toute probabilité avoir lieu:

bn -> mn
sm -> mm (medial seulement)
nm -> mm
dn -> nn
sr -> rrh
ln -> ll
ht -> tt
hs -> ss

3. Exemples

Exemple 1: Ceci nous donne CE: kaitâ -> OS: *kaita, le seul changement est de raccourcir la voyelle finale.

Exemple 2: Nous nous retrouvons avec CE: *ñgolyâ -> OS: *ngolia, la terminaison devenant courte et la demi-voyelle y changeant en i.

Exemple 3: Pour cet exemple, nous obtenons CE: *ndabê -> OS: *ndabe, seulement la voyelle finale devenant courte.

Exemple 4: La mutation liquide implique CE: *meltâ -> OS: *meltha, nous rencontrons encore un raccourcissement de la voyelle finale.

Exemple 5: CE: *rokla -> OS: *rokla reste essentiellement inchangé.

Troisième partie: vers le Sindarin

Dans le développement vers un Sindarin mature, nous rencontrons des phénomènes pareils qui rendent la vie difficile à tout étudiant de Sindarin: l'affection en i et la lénition (mutation douce). En plus, quelques groupes de consonnes ont un comportement qui n'est pas couvert par les formes régulières des mutations.

1. Développement de voyelles

Pour aboutir au Sindarin moderne, des changements abondants dans la structure de voyelles peuvent être observés. L'effet le plus éminent est sans doute l'affection en i:

Dans le développement de OS au Sindarin, la présence de la voyelle i dans un mot a tendance à affecter d'autres voyelles dans le mot. Ces changements de voyelles devraient être connus par les étudiants de Sindarin par la formation des pluriels (si vous ne savez pas former de pluriels en Sindarin, vous n'avez pas choisi le bon article). En effet, le pluriel en Sindarin est formé de cette façon précisément parce qu'un marqueur de pluriel de OS i est ajouté aux mots, causant l'affection en i. Cependant, pour le but actuel il est tout aussi important que la terminaison verbale OS -ia (dérivée de CE: -yâ) mene à l'affection en i sans un pluriel. En fait, n'importe quelle terminaison ajoutant un i la déclenche, ceux-ci sont juste les plus courants. Cependant, il y a une subtilité concernant la terminaison verbale:

Lors de l'usage habituel, un verbe en OS ne se termine pas sur le radical nu, mais plutôt par une terminaison d'inflexion, par exemple OS: *baria-so (il protège). En appliquant l'affection en i au radical nu, le résultat serait ** beiria, mais en fait le a n'est pas la dernière voyelle (sauf pour le i) si les terminaisons inflexionales sont présentes, et donc l'affection en i produit beria-so (qui subit par la suite de plus amples changements, que nous allons voir dans la section prochaine).

D'autre part, nous pouvons voir la différence en considérant OS: arani (les rois). Ici, i est vraiment la dernière voyelle, a est l'avant-dernière, et par conséquent nous aboutissons à un ereini intermédiaire (le changement de ei -> ai étant un développement ultérieur).

Une fois l'affection exécutée, toute voyelle finale (ou combinaison) se perd en Sindarin, les seules exceptions sont des voyelles des mots monosyllabes (même le Sindarin ne produit pas de mot sans les voyelles). Donc un pronom ON: ho ne deviendrait pas h en Noldorin mais resterait N: ho (ceci pourrait être S: si en Sindarin).

Ainsi, nous nous déplaçons vers le modèle de formation du pluriel en Sindarin: Dans l'exemple mentionné ci-dessus, ereini deviendrait erein.

Notez encore qu'un radical verbal (après l'affection en i) beria- ne pourrait pas vraiment se retrouver sous une telle forme dans la langue, donc la terminaison -ia n'est pas supprimée, mais protégée par une terminaison inflectionale et reste par conséquent habituellement conservée (voir ci-dessous pour les détails).

Dans un pas final, ei devient ai dans la syllabe finale d'un mot, produisant ainsi S: erain (les rois). Notez ici le développement de quelques pluriels d'apparence irrégulière: pour OS: makla (l'épée), nous trouvons un meiklai intermédiaire. La perte de voyelles finales a pour résultat meikl, qui est difficile à prononcer, par conséquent en Sindarin un o est inséré. Une mutation finale produit alors le pluriel S: meigol. C'est de relevance primaire pour les terminaisons de formation de noms en CE commençant avec -l ou -r comme CE: -la.

La diphtongue ai est changé en ae.

2. développement des consonnes

Une partie des changements de consonnes sont simplement des changements d'écriture: en Sindarin, au lieu du k utilisé en OS, on utilise le c, une consonne finale -v s'écrit plutôt -f , un -w final (si précédé par une consonne) est écrit comme -u. Plusieurs groupes de consonnes subissent de légers changements:

kkh -> ch
pph -> ph (f)
tth -> th
kh -> h

et le s- initial est supprimé dans les combinaisons suivantes

sth -> th (position initiale de mot)
sph -> ph (position initiale de mot)
skh -> ch (position initiale de mot)

Les occlusions nasales nd, mb et ñg sont changés en occlusions simples en Sindarin, cependant elles reparaissent quand un mot est muté, engendrant la classe de mutations de cas spéciaux :

nd -> d
mb -> b
ñg -> g

Par exemple, OS: ndair (le jeune marié) devient S: daer.

Les changements les plus éminents pour les consonnes concernent les consonnes uniques et certains groupes de consonnes suivant des voyelles: Pour les consonnes uniques, nous retrouvons les effets de léntion.

Donc, OS: beleka (puissant, grand) devient S: beleg (perte de la voyelle finale et lenition k -> g), OS: *atan (homme) devient S: adan, OS: ndakro-> S: dagor

Les groupes de consonnes plus longs se présentent plus difficiles. Quelques-uns sont évidemment inchangés, même s'ils sont précédés par une voyelle:

mm -> mm
ss -> ss
nt -> nt
nd -> nd (parfois nn)
ll -> ll
st -> st
nc -> nc
ng -> ng
ngw -> ngw

Voir par exemple OS: brasse -> S: brass (chauffé à blanc)

D'autres subissent une lenition de la première consonne (si précédée par une voyelle) :

kl -> gl
kr -> gr
tl -> dl

Par exemple OS: etled- -> S: edledhia - (aller en exile), OS: ndakro -> le S: dagor (bataille)

Pour les mots impliquant des consonnes liquides en position finale, nous observons les effets de mutation liquide (pour autant qu'elles n'aient pas été appliquées pour p, t, k dans l'étape OS). Bien sûr, le son liquide reste inchangé par une voyelle précédente:

lm -> lv
rm -> rv
rg -> r
lg -> l
rn -> rn

Voir par exemple OS: parma -> S: parf (livre), OS: dalma -> le S: dalf (paume)

Les autres sont assimilés

ld -> ll
mb -> mm
ks -> s (?)
dm -> nt

Par exemple OS: belda -> S: bell (fort) OS: lambe -> lamme -> lamm -> le S: lam (langue)

L'on doit se rappeler cependant que -ss, -mm en position finale sont souvent écrits -s, -m, cf. OS: lambe -> lamm -> S: lam (langue). Un -h final se perd sans aucune trace. De plus, les assimilations suivantes ont souvent lieu en position non-finale, :

nt -> nn
nd -> nn
nc -> ng

Par exemple OS: *lambe -> *lamme -> *lamm -> le S: lam (langue), OS: *anta -> S: anna (donner).

Une remarque à part toutefois: Ce développement aide probablement à mieux comprendre la forme S: lammen (ma langue) dont l'équivalent Quenya est Q : lambenya. Provisoirement nous pouvons supposer l'existence d'une terminaison possessive en CE -nya, -na relevante pour Sindarin et Quenya (la forme exacte n'étant pas d'importance ici), nous pouvons expliquer la forme OS: *le lambe-na -> *lamben -> S: lammen, c'est à dire que -e- apparaît comme la terminaison conservée de CE: lambê plutôt que d'une terminaison ?-en.

3. Les voyelles finales en Sindarin

En principe nous rencontrons trois possibilités de conserver une voyelle finale en Sindarin:

a) dans un mot monosyllabe, cf. OS: *na -> S: na (à, vers)

b) comme -w final avec une voyelle qui suit, cf. OS: *tinwe -> tinw -> S: tinu (étincelle)

c) protégé par un - sV (le V représente n'importe quelle voyelle).

La dernière combinaison est la plus importante pour les verbes, parce que la troisième personne d'un verbe impliquerait une terminaison - si, -soi, -sa. Donc, OS: linda-si -> linna-ho -> linna-h -> S: linna conserve la voyelle. Ceci est la raison pour laquelle la terminaison -a des VERBES EN A n'est en général pas perdue comme les autres voyelles finales.

4. Exemples

Exemple 1: Commençant par OS: *kaita, nous changeons par convention d'écriture k -> c, convertissons ai -> ae et appliquons la lénition t -> d. Puisque nous traitons un verbe, nous conservons la terminaison et nous retrouvons avec S : *caeda- .

Exemple 2: En changeant ng -> g et appliquant l'affection en i o -> i nous donne OS: *ngolia- -> S: gelia - (apprendre). Là encore, nous ne supprimons pas la terminaison. Ce verbe est, dû à son radical, un cas de mutation spéciale, donc nous trouverions i ngelia (qui apprend).

Exemple 3: Ecrivant nd -> d (et se souvenant que ce mot est un autre cas de mutation spéciale), nous supprimons la voyelle finale, mutons b -> v et nous nous souvenons de changer le -v final en -f pour aboutir à OS: *ndabe -> S: *daf (privilège).

Exemple 4: OS: *meltha -> S: *meltha - (séduire) reste inchangé.

Exemple 5: OS: *rokla devient, après la perte de la voyelle finale et application de la mutation rogl. Comme dans OS: makla (épée), un o est inséré en Sindarin, ce qui donne pour résultat S: *rogol (selle). Cependant, la formation du pluriel ne serait pas **regyl mais bien *rygol.

Quatrième partie: Remerciements

Je suis gré à Helge Fauskanger pour ses essays sur l'Elfique Primitif et le Vieux Sindarin (les deux disponibles en anglais seulement). Dans la préparation de cet article j'ai fait abondamment usage des informations organisée dans ces travaux, qui ont redus l'usage des données d'évidence primaires des Etymologies beaucoup de plus faciles.

Thorsten Renk

thorsten@sindarin.de

L'original de cet article est disponible ici: A rogue's guide to Sindarin word reconstruction

Traduction par Alcarnarmo